Dec 2013, Italie. Il est temps d’en finir avec l’exploitation des travailleurs migrants

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Dec 2013, Italie. Il est temps d’en finir avec l’exploitation des travailleurs migrants Empty Dec 2013, Italie. Il est temps d’en finir avec l’exploitation des travailleurs migrants

Message par Admin le Mar 18 Déc - 22:10

Italie. Il est temps d’en finir avec l’exploitation des travailleurs migrants



L’Italie
doit réviser ses politiques qui favorisent l’exploitation des
travailleurs migrants et bafouent leur droit de travailler dans des
conditions justes et favorables et leur accès à la justice, a déclaré
Amnesty International.

Dans un rapport publié mardi 18 décembre, Exploited labour: Migrant workers in Italy’s agricultural sector, l’organisation
met l’accent sur la terrible exploitation des travailleurs migrants
originaires d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Asie,
employés pour des travaux peu qualifiés, souvent saisonniers ou
temporaires, pour la plupart dans le secteur agricole, dans les
provinces de Latina et Caserte, dans le sud de l’Italie.

Toutefois, le rapport fait remarquer que l’exploitation de ces travailleurs est un phénomène répandu dans toute l’Italie.

« Depuis 10 ans, les autorités italiennes attisent l’angoisse de la
population, en affirmant que la sécurité en Italie est menacée par une
immigration " clandestine " incontrôlable, ce qui justifierait des
mesures strictes en matière d’immigration. Ces mesures mettent les
travailleurs migrants dans une situation juridique précaire, ce qui en
fait des proies faciles pour l’exploitation, a expliqué Francesca
Pizzutelli.

« Si les autorités d’un pays ont le droit de
contrôler l’immigration, elles ne sauraient le faire au détriment des
droits humains de personnes présentes sur leur territoire, notamment de
travailleurs migrants.

« Pour eux, cela se traduit bien
souvent par des salaires très inférieurs au minimum national, des
baisses arbitraires de salaires, des retards de paiement, voire le
non-paiement des salaires, et des horaires de travail excessifs. Le
problème est à la fois répandu et systémique. »

En Italie, les
autorités contrôlent le nombre de migrants au travers de politiques
migratoires qui fixent des quotas pour les différents types de
travailleurs, en délivrant des permis de séjour sur la base de contrats
d’embauche écrits. Cependant, ces quotas sont largement inférieurs à la
demande réelle en main d’œuvre immigrée. Ce système, à la fois
inefficace et susceptible de donner lieu à des abus, accroît le risque
d’exploitation au travail.

Les employeurs préfèrent embaucher
des travailleurs se trouvant déjà dans le pays, sans se soucier des
quotas d’entrée fixés par le gouvernement. Certains travailleurs
saisonniers voient leurs papiers expirer, tandis que d’autres obtiennent
des visas d’entrée grâce à des agences, mais ne parviennent pas à
décrocher de permis de séjour parce qu’ils n’ont pas de contrat.

En conséquence, beaucoup se retrouvent avec des papiers non valides, ce
qui les classe dans la catégorie des migrants en situation irrégulière
et les expose à l’expulsion s’ils sont attrapés.

La loi
italienne érige en infraction « l’entrée illégale et le séjour illégal »
dans le pays, mettant ainsi à l’index les travailleurs migrants en
situation irrégulière et avivant la xénophobie et la discrimination à
leur encontre.

Ils se retrouvent dans une position où ils ne
peuvent pas demander justice lorsqu’ils sont peu ou pas payés, ou font
des horaires excessifs. S’ils se plaignent d’être exploités auprès des
autorités, ils sont bien souvent arrêtés sur-le-champ, placés en
détention et expulsés en raison de leur situation irrégulière.

« Lors de la révision de leur politique migratoire, les autorités
italiennes doivent accorder la priorité aux droits des travailleurs
migrants, quel que soit leur statut migratoire. Ils doivent notamment
avoir accès de manière effective à la justice, a poursuivi Francesca
Pizzutelli.

« Il convient de mettre sur pied un mécanisme sûr
et accessible auprès duquel ils peuvent porter plainte contre leurs
employeurs et faire valoir leurs revendications, sans craindre d’être
arrêtés ni expulsés. »

Complément d’information

Début 2011, on estimait à 5,4 millions le nombre d’étrangers présents
sur le territoire italien, c’est-à-dire à peu près 8,9 % de la
population. Parmi eux, 4,9 millions ont des papiers en règle qui leur
permettent de séjourner dans le pays. On estime qu’un demi-million de
migrants ne possèdent pas de documents en règle et sont donc des
migrants en situation irrégulière.

Dans les secteurs de
l’agriculture et du bâtiment, dans plusieurs régions du sud de l’Italie,
l’exploitation des travailleurs migrants est généralisée. Leur salaire
est inférieur de 40 % en moyenne au salaire des Italiens pour le même
travail et ils travaillent de nombreuses heures. Les victimes de cette
exploitation sont des immigrés africains et asiatiques, certains
ressortissants de l’Union européenne (Bulgares et Roumains pour la
plupart), et des citoyens de pays d’Europe de l’Est non membres de l’UE
(notamment des Albanais).

Des travailleurs migrants
indiens et africains vivant dans les provinces de Latina et Caserte,
dans le sud de l’Italie, se sont confiés à Amnesty International sous
couvert d’anonymat :

« Hari » :
« Pendant les quatre premières années, j’ai travaillé dans une usine qui
empaquetait des oignons et des patates pour l’export. Je touchais
800 euros par mois et je travaillais entre 12 et 14 heures par jour. Mon
employeur me disait toujours que si je travaillais dur, il
s’arrangerait pour m’obtenir des papiers – mais il n’en a jamais rien
fait. »

« Sunny » :
« Je travaille de 9 à
10 heures par jour, du lundi au samedi, et cinq heures le dimanche
matin, pour trois euros de l’heure. Mon employeur devrait me verser
entre 600 et 700 euros par mois et j’avais prévu d’envoyer 500 euros par
mois à mon père en Inde. Mais mon patron ne m’a pas versé mon salaire
entier depuis sept mois. Il ne me donne que 100 euros par mois. Je ne
peux pas aller voir la police, parce que je n’ai pas de papiers : ils
vont prendre mes empreintes et me forcer à partir. »

« Ismaël » :

« Lorsque vous n’avez pas de papiers, vous pouvez seulement travailler
au noir, et vous êtes mal payé. Nous touchons entre 25 et 30 euros par
jour pour huit à neuf heures de travail [entre 2,75 et 3,75 euros de
l’heure]. Mais si on se blesse, on n’a rien. »

« Jean-Baptiste » :

« Si l’employeur ne paie pas, qu’est-ce qu’on peut faire pour récupérer
notre argent ? Sans papiers, on ne peut pas se rendre à la police. Sans
papiers, on est bons pour l’expulsion. Mais on ne fait rien de mal… »

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